Manque de piscines à Bruxelles : une piscine publique pour 68 000 habitants, contre une pour 22 000 en Flandre

Avec une piscine publique pour environ 68 000 habitants, contre une pour 22 000 en Flandre, Bruxelles souffre d’un manque structurel d’infrastructures aquatiques. Les écoles, les familles et les ménages aux revenus modestes en sont les premiers touchés.

Un déficit confirmé par les chiffres officiels

Le 26 octobre 2026, le média bruxellois BRUZZ est revenu sur le manque de piscines publiques dans la capitale et sur ses conséquences pour l’apprentissage de la natation. Les chiffres qu’il cite proviennent d’une étude réalisée par le bureau CityTools pour la Cellule Sport de perspective.brussels, publiée en janvier 2024 à partir de données de 2021.

Selon cet inventaire, la Région de Bruxelles-Capitale compte :

  • 61 bassins au total, publics et privés, dont seulement 31 accessibles à tous les Bruxellois ;
  • 18 établissements publics, gérés par les communes, la COCOF, la VUB et l’État fédéral, dont 17 ouverts au grand public ;
  • une piscine publique pour environ 68 000 habitants, contre une pour 29 000 en Wallonie et une pour 22 000 en Flandre.

Proportionnellement à sa population, Bruxelles dispose donc d’environ trois fois moins de piscines publiques que la Flandre.

Le parc est aussi vieillissant : selon la même étude, 85 % des piscines bruxelloises ont été construites avant 1976.

Piscine publique bruxelloise avec plusieurs nageurs dans les couloirs et des enfants attendant leur tour au bord du bassin
Infographie comparant le nombre d'habitants par piscine publique : 68 000 à Bruxelles, 29 000 en Wallonie et 22 000 en Flandre.

En novembre 2026 : 15 piscines publiques réellement accessibles

Ces chiffres officiels décrivent le parc tel qu’il existait en 2021. Swim.brussels tient de son côté son propre inventaire, actualisé en continu auprès des communes et des directions de piscines. Il ne s’agit donc pas d’une mise à jour du même recensement, mais de deux photographies prises à des dates différentes.

En novembre 2026, sur les 18 piscines publiques répertoriées par Swim.brussels, seules 15 sont effectivement accessibles au public : la piscine Victor Boin à Saint-Gilles et la piscine Poséidon à Woluwe-Saint-Lambert sont fermées pour travaux, et la piscine de l’École royale militaire n’est pas ouverte au grand public. Dans les faits, l’offre disponible est donc encore plus réduite que ne le laissent penser les chiffres de l’étude.

Des piscines inégalement réparties

Au manque d’infrastructures s’ajoute un problème de répartition. Toutes les communes ne disposent pas d’une piscine publique, et certains habitants doivent se rendre dans une commune voisine pour nager, avec à la clé du temps de trajet, des frais de transport et, souvent, un tarif « hors commune » plus élevé. Les écarts entre le tarif habitant et le tarif non-habitant varient d’une piscine à l’autre : notre comparatif des tarifs des piscines publiques à Bruxelles permet de les consulter en un coup d’œil.

L’étude de perspective.brussels identifie les manques les plus importants à Anderlecht, à Forest, dans le bas de Molenbeek-Saint-Jean et dans le quartier Nord. Anderlecht, avec environ 120 000 habitants, ne compte qu’un seul bassin public, celui du CERIA.

À l’inverse, l’est de la Région concentre plus de la moitié des piscines privées. Selon l’étude, cette offre compense en partie le manque de piscines publiques, mais elle renforce les inégalités socio-spatiales d’accès à la natation : là où l’offre publique manque, nager dépend davantage des moyens de chacun.

L’apprentissage de la natation en première ligne

Le manque de bassins pèse directement sur l’enseignement. Les écoles se partagent un nombre limité de créneaux, qui se réduit encore lorsqu’une piscine ferme pour rénovation.

BRUZZ illustre cette situation avec le Koninklijk Atheneum Etterbeek : dans cette école, seuls les élèves de troisième année en sciences du sport suivent encore des cours de natation, au bassin de la VUB.

Or savoir nager dépasse largement le cadre sportif. C’est une compétence de sécurité, utile à la piscine comme au lac ou à la mer, qui passe aussi par la connaissance des dangers liés à l’eau : courants, fatigue, différences de température. Pour beaucoup d’enfants bruxellois, l’école reste le seul endroit où l’apprendre.

Des rénovations nécessaires, mais qui réduisent l’offre

Une grande partie des piscines bruxelloises a plusieurs décennies. Leur rénovation est indispensable pour moderniser les installations, réduire leur consommation d’énergie et garantir leur avenir. Mais ces chantiers entraînent des fermetures parfois longues, qui reportent la pression sur les autres établissements.

  • Piscine Victor Boin (Saint-Gilles) : fermée depuis le 1er juillet 2023 pour des travaux de rénovation et de sécurisation. Annoncée d’abord pour début 2026, puis pour une fin de chantier en mai 2026, la réouverture est désormais attendue en 2027.
  • Piscine Poséidon (Woluwe-Saint-Lambert) : fermée depuis le 1er janvier 2026 pour une rénovation énergétique d’envergure, initialement prévue pour six mois. À l’automne 2026, elle est toujours fermée et sa date de réouverture n’est pas confirmée. Pendant les travaux, les habitants de Woluwe-Saint-Lambert bénéficient du tarif habitant à Sportcity.
  • Piscine Sportcity (Woluwe-Saint-Pierre) : fermée pour rénovation du 3 mai au 29 août 2027, avec une réouverture prévue le 30 août 2027. Ces dates ont été confirmées par la direction de la piscine. L’accord entre les deux communes prévoit alors l’inverse : le tarif habitant au Poséidon pour les habitants de Woluwe-Saint-Pierre. Mais si le Poséidon n’a pas rouvert d’ici là, les deux piscines des Woluwe pourraient être fermées en même temps.

L’accord entre les deux Woluwe montre qu’une coordination entre communes peut limiter l’impact des fermetures. Il rappelle aussi qu’en période de travaux, savoir quelle piscine est ouverte, à quelles conditions et à quel tarif devient une information essentielle.

Quelles solutions ?

Dans son étude, perspective.brussels formule plusieurs recommandations pour mieux utiliser l’offre existante :

  • créer un espace de coordination entre les gestionnaires de piscines ;
  • harmoniser les tarifs entre habitants de la commune et non-habitants ;
  • élargir les horaires d’ouverture, notamment en soirée ;
  • ouvrir au public certaines piscines scolaires ;
  • mutualiser certaines tâches entre communes (recrutement, maîtres-nageurs, marchés publics) ;
  • proposer aux usagers une interface présentant la fréquentation et les réservations.

Pour les nouvelles infrastructures, l’étude évoque un opérateur public spécialisé, des partenariats public-privé et des bassins plus compacts et plus économes en énergie.

Un projet concret avance sur le site des Abattoirs d’Anderlecht. Environ 4 000 m² doivent être aménagés sur le toit du bâtiment Manufakture, avec un bassin couvert de 25 mètres, un bassin d’apprentissage et un bassin extérieur. Un partenaire privé sera chargé de concevoir, construire, financer, entretenir et exploiter le complexe, avec des créneaux réservés aux écoles et aux clubs et des tarifs alignés sur ceux des autres piscines publiques. Selon le calendrier présenté en septembre 2026, le marché doit être attribué en 2028 et une ouverture est envisagée en 2030, sous réserve du bon déroulement de la procédure et des travaux. Ce projet est attendu, mais il ne comblera pas à lui seul le déficit actuel.

Swim.brussels : rendre l’offre existante plus visible

Quand les piscines sont rares, inégalement réparties et parfois fermées pendant des mois, savoir où aller nager devient en soi une difficulté. C’est le rôle de Swim.brussels, un site d’information indépendant consacré aux piscines de la Région de Bruxelles-Capitale.

Le site centralise les informations pratiques utiles pour choisir un établissement : horaires, tarifs (y compris les tarifs habitants et non-habitants), équipements, conditions d’accès et activités. Il accorde une attention particulière aux besoins des différents publics, comme les familles avec de jeunes enfants ou les femmes qui recherchent des créneaux réservés.

À travers ses fiches détaillées, ses comparatifs de tarifs et ses informations régulièrement vérifiées auprès des communes et des gestionnaires, Swim.brussels contribue à rendre l’offre de natation bruxelloise plus lisible et plus accessible. Le site permet notamment de suivre les fermetures, les réouvertures et les conditions d’accès aux différents établissements.

Construire de nouveaux bassins reste indispensable. En attendant, une information claire et à jour sur les piscines existantes aide chaque Bruxellois à trouver où nager, et à quelles conditions.

Sources

  • perspective.brussels, Piscines : état des lieux des piscines en Région de Bruxelles-Capitale et recommandations liées à l’amélioration de l’accès aux piscines publiques, janvier 2024 (étude CityTools, données de 2021) : rapport complet (PDF)
  • perspective.brussels, Les piscines en Région bruxelloise : état des lieux et pistes pour rencontrer les besoins des Bruxellois, ABOUT.brussels n° 2, avril 2020 : note (PDF)
  • BRUZZ, Brussel heeft drie keer minder zwembaden dan Vlaanderen, 26 octobre 2026 : article
  • VRT NWS, Bruxelles franchit une nouvelle étape pour l’aménagement d’une piscine en plein air à Anderlecht, 17 juillet 2026 : article
  • Swim.brussels, Fermeture de la piscine Sportcity du 3 mai au 29 août 2027, 30 octobre 2026 (dates confirmées par la direction de Sportcity)
  • Dynamic Tamtam, accord tarifaire entre Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre, décembre 2025 : article